mardi 20 juin 2017

Juin, mois maudit

Le mois de juin promettait de nous en faire baver. Trois mois non-stop au pire moment de l'année:  avec la cohorte de fofolisme typique des dernières semaines. Même les élèves calmes, à cette période, deviennent bizarres. L'un décide, tel le kangourou du bush, de bondir par-dessus les 15 marches d'escalier qui restent à descendre, l'autre se met à miauler en classe. Pas plus tard qu'aujourd'hui, Corentin vrombissait en plein subjonctif: "Vrrrrrrrrrrrr!"

Les récrés deviennent sauvages: "Ta mère la pute" fuse et Louis de Montbazon crache au visage de ses petits camarades avant de  mordre le bras du pauvre Mounir qui passait par là. Louis est en CM2 et entre l'an prochain dans un collège privé très chic. Révolte angoissée contre sa condition trop lourde de fils de bonne famille? Peut-être, mais alors, pourquoi Tomy a-t-il besoin de qualifier de "putes" les mamans plutôt austères  de ses petits camarades, lui qui intégrera un collège du peuple peu porté sur l'élitisme social?
C'est l'effet fin d'année, décuplé en CM2. Un lâcher-prise qui surprend, parce qu'il attaque là où on l'attend le moins.

Pour pimenter encore l'affaire, il fait chaud.

Trente-trois degrés cet après-midi dans ma classe, sans un souffle d'air. De fait, nous avons bénéficié de l'installation de superbes fenêtres l'été passé, garanties isolantes. C'est gagné, elles ne ferment pas bien et ne peuvent pas non plus béer au-delà de 10 centimètres pour préserver la sécurité des élèves. Résultat: isolation nulle, aucun courant d'air possible et un soleil de plomb, pudiquement voilé par d'insignifiants rideaux. Naturellement, pas question de procéder au moindre embryon de réglage. Le job est fait, Madame Hidalgo a d'autres chats à fouetter que de s'occuper de maintenance. Les Jeux olympiques, c'est plus porteur, niveau com.

J'aimerais voir le salarié lambda oeuvrer dans ces conditions. Il se collerait aussi sec en grève et enverrait l'inspection du travail aux fesses de son salopard de patron.
Dans la mesure où l'enfant est au centre du système, où la réforme des rythmes scolaires a été imposée aux forceps et à prix d'or pour le bien-être chronobiologique des chers petits, on leur impose douze semaines de classe non-stop, dont la gerbe finale est une chaleur d'enfer. Quant aux profs, il va de soi qu'ils sont frais comme la rose du matin.
Va piloter le profil type "CM2 de fin d'année" dans cette touffeur, avec les spectacles de fin d'année à l'horizon et les livrets à te farcir, et je te promets qu'après, tu peux t'engager dans la Légion.

Mais c'est pas fini!
Juin 2017 nous gâte en nous assénant le pire cocktail:
fin d'année(= fofolisme) + canicule + RAMADAN.
Parce que, rosinette en pâte d'amande sur la charlotte aux framboises, c'est le Ramadan! Et oui! Les gosses de familles musulmanes pratiquantes dorment cinq heures parce que les nuits sont ultra courtes. Ahahah! Quel mois de juin facétieux décidément! Et comme en CM2, n'est-ce pas, on est un homme, un vrai, et bien on décide de ne pas manger le midi et de boire le moins possible. C'est ainsi que plusieurs de mes élèves sont réduits à l'état de tas informes, affalés sur leur table et incapables de faire quoi que ce soit. Quant aux filles, des mots louches prétextant des maux variés (ventre, tête ou rien) sont griffonnés dans les cahiers de correspondance pour excuser leurs absences de plus en plus fréquentes. Je soupçonne clairement une réquisition aux cuisines, mais que diable, au moins peuvent-elles dormir un peu entre deux séances d'épluchage. C'est toujours ça.

Pendant ce temps-là, indifférents à tout, mes chats sont vautrés comme des larves et ils ne foutent absolument rien.


Ce sont des sages.


mercredi 31 mai 2017

LA CONQUETE RAMPANTE DE L’ISLAM






 Si l’envie me prend de causer de mes plantes de balcons, je n’y réfléchis même pas, j’en cause.
De l’islam, on ne cause pas comme ça. Pourtant, nous sommes dans un pays de libertés. Personne ne m’empêche de m’avachir dans mon canapé et de me lancer. C’est à coup sûr ce que me feront observer les gens de bonne volonté.
Oui, mais non.
Pas si simple.

Mettons qu’un beau matin, je me dise : « Tiens, si je déballais mon sentiment à propos du Ramadan, de la lâcheté des politiques face à l’invasion de l’islam dans les rues, des prières sur le trottoir, de ce que j’en pense au fond… » le choix est vaste. Aussitôt, je ferais machine arrière : « Attention, il va falloir faire gaffe à ce que je dis. On ne rigole pas avec ce sujet-là ». Et puis finalement : « Je laisse tomber, pas envie de m’embêter à orpailler mes mots, j’ai des copies à corriger, mes rosiers à arroser, ma copine à appeler… »
Ça s’appelle de l’auto censure.
Il va de soi que je ne suis pas seule à éprouver cette gêne face à l’islam. En société, à moins d’être entre intimes ouverts, le sujet est devenu pratiquement tabou, sauf s’il s’agit d’en faire la promotion sous un jour apaisé et rassurant.

 Ainsi lundi une chaleur féroce avait envahi l’école. 29°C moites à huit heures du matin dans ma classe ; on se serait cru dans le golfe du Bengale. A 10 heures, tout le monde était à plat, en sueur, et se lamentait en salle des maîtres. C’est alors qu’une brave collègue, pour dire quelque chose, nous appela à compatir avec les fidèles de Mahomet, qui venaient de commencer le Ramadan. Il y eut un silence. Le mien s’interprétait comme suit : « Je n’en ai rien à secouer, du Ramadan, qu’ils se démerdent avec et transpirent sans nous faire ch…. »
Je ne sais ce que signifiait celui des autres, mais, en soft, « Nous aurions des choses à dire, mais nous préférons nous abstenir » suintait. Je laisse la version corsée à l’appréciation de vos imaginations.

 Une collègue mariée à un mahométan a bienheureusement rompu ce silence pesant en nous faisant savoir qu’effectivement, son mari en bavait. Par devers moi, je me suis dit qu’il ne l’avait pas volé puisque le saint homme avait voulu zigouiller leur chat, qu’il ne faisait jamais la vaisselle ni le ménage et qu’il décidait souverainement des dates et lieux de vacances de la famille.

En réalité, nous passons notre temps à détourner pudiquement le regard et les mots dès qu’il s’agit d’islam.

Voilà quelques années, à Aulnay, une collègue n’avait pas osé faire de remarque à un élève qui portait un tee shirt à la gloire de Mohamed Merah, ni convoquer ses parents. Sans tomber dans cette extrêmité, nous passons notre temps à mesurer notre langage pour ne pas devenir la cible de garde rouges criant au racisme. Allez dire à un sagouin d’élève qu’il écrit comme un cochon, vous risquez d’avoir de sérieux ennuis s’il s’appelle Omar. Allez proposer des bonbons à un anniversaire, à tous les coups, un môme va émettre des doutes sur leur hallalité, des fois qu’ils contiendraient de la gélatine de porc. Je n’en suis plus à mon premier et maintenant, j’envoie valser en lui suggérant de réserver ces questions-là à sa famille et de ne pas en manger. Mais au début, j’étais surprise et très mal à l’aise.

 Comment en est-on arrivés là ? Nous sommes en train de subir ce que l’écrivain algérien Boualem Sansal appelle « l'expansion sans bruit ni fumée de l'islam ». Il ajoute que « c'est le moins connu des phénomènes…puissamment soutenu par les pays musulmans et les grandes organisations islamiques (OCI, LMI). Le but est l'enracinement de l'islam sunnite en Europe." Il va de soi que c’est aussi le plus dangereux puisque, observe-t-il : « Le résultat est remarquable: l'islam progresse dans tous ses segments, plus vite qu'il ne le fait dans les pays arabes, où l'islamisme dominant empêche son déploiement, ou en Afrique noire et en Amérique, où les évangélistes font barrage. »

A l’appui de son analyse, j’ai observé comment certains musulmans et en particulier certaines musulmanes ( c’est à elles que j’ai affaire, en général) ont affûté leur stratégie de séduction pour amadouer l’infidèle. Ces stratégies portent des noms : taqiya, tawriya, kitman, muruna*. Toutes sont des armes de guerre destinées à duper le non-croyant pour lui donner une fausse image de la religion musulmane et l’inciter à baisser la garde. Nos politiques s’y sont si bien englués que quiconque émet des doutes sur les possibles intentions réelles d'un adepte de Mahomet est aussitôt taxé de salopard. Il y a quelques années de cela, à Aulnay, toute l’école a subi une collègue qui pratiquait cet art avec une maestria sidérante. Elle nous offrait de petits gâteaux, nous parlait de ses traditions avec bonhommie, de la multiplicité des origines de sa famille et se présentait comme ouverte et sympathique. Jusqu’au moment où nous avons découvert qu’elle couvrait les mamans voilées de compliments appuyés sur leur beauté, qu’elle complotait avec les mêmes à propos des sandwiches hallal de la kermesse en des termes sans équivoque. Pire, elle avait réussi à dresser l’inspectrice contre nous en lui faisant croire que nous la traitions mal ; laquelle, ouvrant le parapluie, nous avait morigénés comme des gosses et avait menacé la directrice de lui envoyer des associations anti-racistes. La naïve était loin de se douter que cette  collègue  hurlait après ses élèves de 6 ans en arabe et qu’elle les terrorisait. Une fois la zizanie semée dans l’école – nous n’avons plus jamais réussi à entretenir des relations de confiance avec les parents musulmans après ça - et notre hiérarchie définitivement persuadée de notre islamophobie crasse, elle s’en est allée sévir ailleurs. Cet exemple-là est le plus frappant, mais il y en a d’autres. Au point que je me méfie comme de la peste des propos tenus par les musulmans de la caste dominante désormais, tant je doute de la pureté de leurs intentions.

 Nous devons accepter de troquer une juste colère contre l’exposition de bougies ridicules quand une bombe explose.
Nous subissons ad nauseam les interviews et déclarations sinueuses des Tariq Ramadan et autres imposteurs en costume.
Nous subventionnons des associations telles que l’UOIF, ou le CFCM, maîtresses du double discours et tentacule expert dans la propagation de cette confusion d’idées.
Nous acceptons la tenue de la RAMF (Rencontre Annuelle des Musulmans de France) du Bourget, où plusieurs prédicateurs haineux sont venus répandre la bonne parole sans être inquiétés.
Quiconque émet une réserve ou une critique est conspué et prend le risque d’être traîné en justice, tels Cécile Pina ou Georges Bensoussan .

Ils sont forts, ces musulmans.

Nos lois protègent leurs excès.
Nos journalistes préservent leur chatouilleuse sensibilité (Arte vient de supprimer une émission qui dénonçait l’antisémitisme des musulmans).
Nos ministres ne pipent mot lorsqu’un barbu moyenâgeux, Idriss Sihamedi dégoise en leur présence (ici, Najat Valleau-Belkacem).

Nous-mêmes en sommes à contrôler, jusqu’en famille, notre pensée et nos propos à leur sujet.

Ils sont très forts. Si forts que nous en sommes arrivés à nous croire coupables d’oser ne pas penser dans le même sens qu’eux.


*Tous ces termes sont doctement expliqués avec toutes sortes de citations. Je vous invite à aller les consulter. Ici, je résume.

 
Taqiya:  Autorisation religieuse donné à tout musulman de mentir et de tenir un discours inverse de ce qu'il pense pour ne pas attirer l'attention ou la colère des non-musulmans auprès desquels il vit.

Tawriya: Distorsion de la formulation tant que la lettre demeure. En gros, un musulman peut jouer sur les mots pour faire passer une vérité qui n'est pas celle qu'on pourrait croire.

Kitman: Dissimulation mensongère d'une part de la vérité.

Muruna: Possibilité de ne pas obéir à tous les commandements pour mieux dissimuler ses intentions.

Nous sommes bien loin de l'idéal de vérité et de transparence professé par les Chrétiens et les autres, tout autant imprégnés de culture judéo-chrétienne.

mercredi 17 mai 2017

Ma vie d'artiste Kyogen

Croyez-moi si vous voulez, hier soir, j'étais au Japon.
Il y a six cent cinquante ans.
Autour de 1350.

Et là, vous vous dites que la pauvre Io, bien que gavée de vacances, en a pris un sérieux coup sur la cougourde.

Point!

Hier soir, une amie japonaise m'a invitée à une soirée d'initiation au Kyogen à la maison de la culture du Japon. J'ai sauté sur l'occasion. Le Nô, j'en avais entendu parler, mais le Kyogen, jamais. Alors j'étais fort curieuse et je n'ai pas été déçue.

L'endroit était à peu près vide à 18h30, lorsque nous sommes arrivées. Nous avons commencé par une expo gratuite et fréquentée par exactement trois personnes sur l'oeuvre architecturale de Junzô Sakakura. J'aurais bien aimé esquiver ça, mais la moindre des politesses était tout de même de ne pas commencer par un caprice. Pas si barbant que ça, Sakakura. Intéressant même. Et très connu, semble-t-il. Un disciple de Le Corbusier.



Après avoir pris une mini pause sur des chaises Sakakura (il s'est aussi préoccupé de ce détail),
 nous sommes passées en un éclair du dernier étage au troisième sous-sol de l'endroit avec le sentiment d'être englouties dans les limbes.

Là, un monsieur fort poli nous a accueillies avec les courbettes d'usage, nous expliquant l'essentiel, vérifiant nos billets (5 euros, pas cher pour une heure trente de kyogen) et nous guidant jusqu'à une porte en exactement dix secondes.
Une dame a pris le relais pour nous remettre un mystérieux document sur lequel figurait des syllabes. "Usagi - An no yama kara, kon no yama ae"...
Nous avons pris place sur des gradins, peuplé d'une vingtaine de personnes a majorité européenne, dont certaines à la dégaine bizarre. Le reste était Japonais, à la dégaine normale.
Au centre: une vaste scène étincelante, où attendait un homme, vêtu à la manière traditionnelle, dont je suis infichue de me rappeler le nom.


Dans un silence quasi religieux, il a entrepris de nous expliquer la symbolique de la scène, du pin qui constituait le décor et l'art du Kyogen. Une dame aux cheveux gris traduisait.

En résumé, le Kyogen, c'est le pan comique du Nô et le style a été fixé entre 1300 et 1400. Voilà pourquoi la chanson imprimée sur le fameux papier était en japonais dialectal et présentait sous forme de charade l'existence d'un lapin aux spectateurs." Usagi" veut encore dire lapin aujourd'hui.

Alors, le monsieur a entrepris de nous apprendre à chanter la chanson du lapin.
D'une voix claironnante, moitié psalmodie, moitié mélodie, faisant durer chaque syllabe, il vous a modulé ça de telle sorte que tout le monde est resté scié. Le silence a été total. Mais il a fallu se lancer en répétant de nos voix chevrotantes (et en japonais médiéval) la chanson du lapin.
Ann Nôôô Yaamâââââ Karaaaaa (la voix remonte en virgule aigue), Konnnnn Nôôô Yaaamâââââ Aaaaéé (re-virgule aigue). Et ainsi de suite.
La puissance comique de la chose tenait au choix du vocabulaire qui évoquait l'arrivée trottinante du bestiau oreillu et les onomatopées lapinesques: "Fu! Pu! To."

Le fils du monsieur, quinze ans grand maximum et aussi habillé à l'ancienne, avait rejoint son papa sur la scène et nous a collé la honte en chantant d'une belle voix assurée ce que nous-mêmes, nous essayions de bredouiller.

Ensuite, nous avons été invités à nous déchausser, à revêtir des chaussettes, pour monter sur cette vénérable scène du Nô et nous essayer à la danse du lapin.

C'est effrayant de difficulté.

Tout en chantant d'une voix d'outre-tombe la puissance comique de l'évocation d'un lapin qui surgit de la montagne en se trémoussant et agitant les oreilles, il convient de mimer au petit doigt près. C'est codifié à mort. Interdiction absolue d'improviser quoi que ce soit et, à part quelques saccades, tout va très lentement.

Le danseur tient un éventail fermé dans la main droite, qui prolonge son geste. "Ann Nôôô Yaamâââââ Karaaaaa", il faut glisser doucement et en rythme le pied gauche en oblique vers la gauche tout en chantant et lever lentement le bras droit armé de l'éventail pour évoquer la montagne qu'on voit là-bas. La main gauche, elle, reste collée au corps, poing serré mais pas trop. Et puis le pied droit rejoint le pied gauche. On se retrouve pieds joints. Ensuite, ça part à droite et ça continue jusqu'à "U! Sa! Giii! Jya!!" C'est un lapin.

Le jeu-danse du monsieur était évident et léger comme une plume. Nous derrière, de vrais tonneaux, mais ce n'est pas grave, parce que j'ai découvert un art d'une exigence et d'une grâce insondables. Le pouvoir comique de Kyogen, à mes yeux d'Européenne, en dit long sur le Nô qui lui, n'est pas comique et sur l'immensité du chemin qui reste à parcourir pour les comprendre.

                       Je n'ai trouvé que cette vidéo. Le monsieur d'hier était bien meilleur.

lundi 8 mai 2017

Macron: etymologie

Le nom Macron a une origine, comme tous les noms.
Je me suis amusée à fouiller pour en savoir plus et que nous révèle Google?

"Origine et étymologie du nom MACRON. Origine : "macron" est un nom de famille rare, forme contractée de maqueron, diminutif de maquerel, nom issu du moyen neerlandais makelaer, avec le sens de courtier, entremetteur ."

Trop beau! 
Alors j'ai regardé d'autres versions.

La Revue française de généalogie préfère parler de menton. Elle nous raconte doctement les origines de la famille d'Emmanuel lui-même en personne, sans histoire de maquereau: "porté par près de 300 foyers français (dont deux autres Emmanuel Macron), qui semble être issu du vieux mot picard maqueron, désignant le menton (proéminent) mais peut aussi avoir été un diminutif de l’ancien prénom Macquart (formé sur les racines magan (la force) et hard (dur)."  

Geneanet met tout le monde d'accord: "
Macron : Surtout porté dans la Somme et le Pas-de-Calais, c'est une forme contractée de Maqueron, Macqueron (même région). Le mot "maqueron" désigne en picard le menton, de façon péjorative (cf. Alcius Ledieu, Glossaire du patois picard de Démuin). Ce pourrait donc être le surnom de celui qui a un menton proéminent. Mais on pensera aussi, et peut-être surtout, à un diminutif du nom de personne Macquart (voir ce nom). M.-T. Morlet propose pour sa part une variante, avec un autre suffixe, de Maquerel, Macrel (voir ce nom), ce qui paraît moins probable." 

En somme, on oscille entre le gros menton disgracieux et la chafouinerie du maquereau.

Mais ce n'est qu'un nom.  Rien de bien grave.

Emmanuel Macron, par Gilles Morand, caricaturiste
 

jeudi 4 mai 2017

Cour de récré

Aujourd'hui, j'étais de service de récré.
En clair, je devais me planter dans un coin de cour pour scruter les môminets, sécher les larmes, mettre du froid sur les bosses et régler les différends.
Ce dernier point est le plus difficile à faire bien et juste, parce qu'il y a du bruit et qu'il faut faire vite.

Je profitais d'un éphémère rayon de soleil lorsque deux mignonnets de CP ont surgi dans mon champ de vision, très remontés l'un contre l'autre.

Le premier avait mal parlé à l'autre, qui avait pris la mouche.
Comme je tentais de comprendre le pourquoi du comment, histoire de rendre justice comme il faut, Môminet 1 dit soudain à l'autre: " Tu dis que des mensonges, d'abord!"
Môminet 2 rétorque, tout poil hérissé: " C'est pas vrai! C'est toi le menteur! Et puis d'abord tu as volé des billes à Louis!"
S'ensuit un échange crescendo.
-" Nan! Et puis toi, tu as des cartes et c'est interdit! Maîtresse! Il a des cartes! (Explication: il s'agit des cartes Nintendo ou autres qui ont fini par être interdites à cause des chamailleries sans fin qu'elles engendraient)
- Il a piqué des billes à Louis! Louiiiiiis!"
Et ainsi de suite, jusqu'à ce que je coupe court pour les prier de jouer gentiment, sans quoi, je me verrais contrainte de réquisitionner les billes coupables. Quant à Louis, je l'invitais à venir me raconter ses malheurs en direct, ce qu'il s'est abstenu de faire.
Louis préfère s'abstraire. Un prudent.

Allez savoir pourquoi, avec un brin de mélancolie, j'ai vu dans cet échange comme une évocation du débat politique d'hier soir.
Môminet 1 et 2, Marine Le Pen et Macron, même combat. 

Sauf qu'hier soir, se jouait l'avenir de notre pays.

Aujourd'hui, j'étais dans une cour de récréation et la hauteur des débats ne m'a pas semblé tellement plus élevée.


dimanche 30 avril 2017

Les rouleaux à impressions: quand les gâteaux deviennent des oeuvres d'art

Regardez-moi ça.
Ça se mange.



Et il y en a encore pas mal comme ça.

J'ai choisi des motifs traditionnels, devinez d'où?



        
De Russie.


J'ai réalisé ces merveilles grâce à des rouleaux de bois décorés, achetés à Vera Boukreieva.
Elle habite à Astrakhan et fabrique des empreintes en bois absolument magnifiques.

Voilà mes rouleaux, arrivés en une semaine après une commande par internet (non, je ne suis pas allée exprès à Astrakhan les chercher. C'est loin, Astrakhan! Sur l'embouchure de la Volga, au bord de la mer Caspienne: 4000 km tout de même).




                                         Et le détail:


Vera fournit des recettes sur son site. J'ai essayé celle des biscuits blancs. Il y en a d'autres: ici, c'est en russe. Attendez un peu que je teste les deux autres recettes et je les publierai en français. Comme celle-là, que j'ai un peu modifié.





BISCUITS BLANCS
200g de beurre
200g lait condensé sucré
 1 jaune d'oeuf
              3 bonnes cuillères à soupe de sucre glace
         1 sachet de sucre vanillé
          100 g de fécule de pommes de terre
    300g de farine


Mélanger le beurre mou et le lait concentré. Ajouter le jaune d'oeuf, puis le sucre glace et le sucre vanillé. Ajouter petit à petit, en touillant à la fourchette, les farines préalablement mélangées. On obtient une pâte lisse et compacte. Laisser reposer une heure au frais.

Huiler légèrement le plan de travail et le rouleau.
Etaler la pâte au rouleau normal à 5mm d'épaisseur. Repasser le rouleau décoré dessus en appuyant suffisamment pour que les motifs s'y gravent bien. Découper et placer sur une plaque recouverte de papier sulfurisé.

Cuire une dizaine de minutes à chaleur tournante: les gâteaux ne doivent pratiquement pas se colorer.

De fait, l'impression sur la pâte se fait très facilement.
Si besoin, ensuite, les rouleaux doivent être brossés et si rincés uniquement si c'est nécessaire. Dans ce cas, il faut les essuyer soigneusement et les huiler très légèrement pour les protéger. Je n'ai pas rincé les miens.

Et maintenant, je me déguste un de ces petits gâteaux en sirotant mon café, en compagnie de mon azalée qui est de bonne humeur.





 

samedi 15 avril 2017

Le temps est venu de décorer les oeufs

Et voilà, c'est presque Pâques. La fin du Carême, l'heure de s'empiffrer de bestioles en chocolat, le retour des vacances, le printemps, la résurrection du Christ. Chacun l'interprète à sa convenance.

Le point commun dans tout ça, ce sont les oeufs.
De préférence des oeufs blancs.

Les miens ne sont pas en chocolat, mais vrais de vrais, destinés à être mangés. Voilà pourquoi je les teinte de préférence avec du végétal consommable.

                                                          Des pelures d'oignon:



                                                           Des pelures de chou rouge:



La technique est simple. On fait cuire ensemble une dix-quinze minutes oeufs et pelures d'oignon (ou chou émincé) dans un peu d'eau et une lichette de vinaigre, et on laisse refroidir le tout. Ensuite, on extirpe, on essuie et on oint avec un tampon d'huile.

Ça, c'est la base.
Elle ne demande qu'à être un peu enjolivée.

Une technique simple, en usage dans les Balkans, agrémente l'oeuf teint d'un motif végétal. Traditionnellement, il est imprimé sur fond rouge.



Pour cela, il faut prélever une petite feuille propre dans la nature. Evitons les bords de routes ou les crottoirs maculé, je vous prie. L'oeuf doit arriver comestible dans la bouche de l'heureux convive.

La feuille est insérée contre l'oeuf et coincée contre sa coquille à l'aide d'une extrémité de collant fin (et propre), bien serrée et refermée à l'aide d'une ficelle. Tout l'art consiste à ne pas chiffonner la feuille pendant la phase de serrage. Ensuite, c'est pareil qu'au début: cuisson dans les pelures d'oignons. Quand c'est refroidi, on enlève collant et feuille: le motif apparaît. Plus le collant était serré, plus l'impression est nette.

Viennent ensuite les techniques d'impression à la cire chaude et là, ça vire sérieux. Le musées expose ces oeufs-là, des spécialistes subventionnés par les services culturels transmettent leur savoir aux enfants des écoles. Ça se vend, même!
Je me suis envoyée je ne sais combien de vidéos en polonais, en russe, en serbe et même en slovaque, pour tenter de percer tous ces mystères.
J'ai finalement retenu deux techniques.

La virgule de cire


En usage entre la Pologne et la Slovaquie, elle est assez simple. Le matériel aussi.

Il faut planter une épingle à bout rond dans la gomme d'un crayon à gomme qui sert de support. Le bout rond est trempé dans la cire chaude d'une petite bougie plate (celles qu'on utilise pour maintenir les plats au chaud) et hop! une virgule sur l'oeuf. Le geste s'attrape facilement et le résultat est sympathique.
Quand l'oeuf est décoré, il reste à le plonger dans une décoction vinaigrée de pelures d'oignons ou de choux et à attendre qu'il se teinte. La décoction peut être chaude, mais pas bouillante. Sinon, la cire fond. C'est bêta.
Pour enlever la cire ensuite, l'oeuf est approché de la flamme d'une bougie pour que la cire fonde et essuyé avec un sopalin.

La plume

En usage en Serbie et en Roumanie, cette technique est plus exigeante, mais ses possibilités sont infinies.

Il faut commencer par se bricoler l'outil:
- une plume d'écolier bien creuse. J'ai surcreusé la mienne en la pinçant fort.
- un manche de bois. J'ai utilisé un morceau de vieux tuteur de jardin. Une baguette chinoise fait l'affaire aussi. N'importe quel bout de bois, en fait.
- du fil de fer fin.
- de la cire d'abeille.
- une bougie.

Avec la cire, on se confectionne une grosse boulette, qu'on se fixe sur l'ongle du pouce gauche si on est droitier (et inversement dans le cas contraire). Pour se faire, il suffit de la passer sur la flamme de la bougie et de se la coller sur le pouce aussi sec. Ça ne brûle pas.

Le matériel pour les deux techniques:



C'est là que le boulot commence: un peu de cire est picorée avec la plume, chauffée très vite et déposée sur l'oeuf (encore tiède, idéalement) aussi rapidement que possible. Il faut faire des allers-retours permanents entre la flamme, la plume et la cire en dosant pour éviter les taches et les pâtés. Au pire, c'est toujours possible de gratouiller pour effacer les catastrophes.

Pour ce qui suit, c'est le même topo: les oeufs ainsi décorés prennent un bain vinaigré de teinture et la cire est ensuite éliminée à la flamme.


Rien n'empêche de mêler les deux techniques. Allez zou! Mélangeons allègrement le Polonais au  Serbe et c'est parti!


Dans l'enthousiasme, j'ai testé une technique venue des USA. C'est une manière intéressante de réutiliser les vieux foulards de soie.

Elle consiste à envelopper serré l'oeuf dans un chiffon de soie à motifs. A re-envelopper le tout dans un chiffon fin blanc pour que tout ne s'entreteinte pas. On met les oeufs duement emmaillotés dans l'eau froide vinaigrée, on fait bouillir une quinzaine de minutes et on laisse refroidir.
Le motif du foulard se sur-imprime sur l'oeuf et ça peut être assez joli.

                                                  On dirait un vieux marbre italien.


Et voilà ma couvée de Pâques!
Joyeuses Pâques à tous!



samedi 8 avril 2017

Mon jardin de balcon

Pendant plus de vingt ans, j'ai vécu avec un jardin.

Deux jardins, en réalité, parce que j'ai déménagé. A chaque fois, il m'a fallu le recréer de fond en comble, pour qu'il vive sa vie gentiment. Je ne le conçois pas comme un espace végétal forcé, où les plantes sont installées là parce qu'elles décorent, à grand coups de produits chimiques dans le fondement. Le jardinier passe son temps à batailler contre maladies, insectes ravageurs, mauvaise volonté des plantes qui crèvent ou ne poussent pas. Pas mon truc du tout.

Et puis, j'aime les oiseaux, les hérissons, les petites bestioles qui trottinent et buzotent partout.
Si les plantes se sentent bien, moyennant une surveillance tranquille des mauvaises herbes, elles se développent comme il faut et le jardinier n'a plus qu'à les regarder feuiller, fleurir et odorer.
Il convient donc de choisir les espèces adaptées au lieu et pas l'inverse.
Les plantes, ça s'invite.
Ça ne s'impose pas.

 Et puis j'ai déménagé à Paris.

J'ai laissé mon jardin bruissant et décidé de reconstruire un petit espace feuillu sur mon balcon. Comment passer de 300 mètres carrés en pleine terre à un lambeau de béton exposé plein nord?

J'ai trimballé pas mal de choses du jardin jusqu'ici: de la terre, des pots, des plantes costaudes: campanules des Carpates qui attendent de fleurir,


aspérules, valériane, passiflore, des boutures de chèvrefeuille (là-bas, tout au fond) qui ont bien grandi,

 le fuschia magellanica riccartonii (il se refait une beauté après le gel de l'hiver), des bulbes de tulipes et de narcisses,


des iris de Sibérie, des framboisiers, des géraniums sauvages,


des heuchera,


muguet, diverses graminées... Là, je parle de tout ce qui tenu le coup. Même l'azalée a déménagé.


J'ai acheté quelques giroflées, deux rosiers d'ombre, des clématites dont une seule a daigné s'installer,
 investi dans un mini composteur de balcon et je bichonne tout ce qui y vit, même les limaces.


L'ortie n'a pas été chassée: elle attire les papillons et ses graines, mélangées à du miel, sont (paraît-il) aphrodisiaques. Et puis j'aime bien la dentelure des feuilles.
L'hiver, je drape mes petites plantes dans des voiles de protection.
Je surveille que l'eau ne stagne pas trop longtemps au pied, l'été, j'arrose beaucoup.
Au printemps, je rempote, je transplante, je donne des becquées de compost...les plantes en pot sont beaucoup plus fragiles, il faut vraiment les bichonner.

Moyennant quoi, tant bien que mal, mon jardin de balcon existe et se développe doucement. Un merle et des mésanges me rendent visite de temps en temps et les corneilles, qui sont des habituées, viennent me réclamer leur petit-déjeuner quand j'ai un peu tardé à leur laisser les reliquats de viande. Les escargots se planquent sous les poireaux que je laisse par terre en attendant de faire de la soupe. Mon compost est plein de fourmis et de vers de terre.

Mon jardin de balcon vit et c'est un petit miracle.






mercredi 5 avril 2017

Et un durian pour le dessert! Un!

Je reviens tout juste du quartier asiatique, du côté de l'avenue d'Ivry, où je suis allée faire quelques emplettes.
J'aime beaucoup ce quartier.
Pourtant franchement, il est moche. Des tours qui vieillissent mal, du béton, ce qui reste de bicoques et de petits immeubles fait gavrocheux. Mais ça grouille de vie et de boutiques de boustifaille, les gens tapent la discute dans tous les coins et même assis au pied des arbres. L'ambiance est détendue et sympathique et ça rattrape les égarements des architectes.



J'y vais souvent pour acheter des victuailles introuvables ailleurs. Par exemple les desserts viet-namiens à la châtaigne d'eau, lait de coco et aux feuilles de pagan. J'en raffole. La plupart des Européens que j'ai essayé de convertir à cette merveille ont eu l'air dégoûtés, les pauvres ignorants.


On trouve aussi du durian.


Je suis passée tout à l'heure devant un magasin qui en vendait des montagnes. Rien que pour voir et humer ça, le coin mérite le détour.
En outre, il faut avoir fait l'expérience de ce fruit dément au moins une fois dans sa vie.

Attendez que je vous raconte.

D'abord, partout dans les boutiques, il est question de durian. Gâteau au durian par-ci, biscuits au durian par-là, crème au durian et j'en passe. C'est visiblement le fruit roi.
Alors l'an passé, malgré le prix élevé (autour de 20 euros le kilo tout de même), j'en ai acheté un. La caissière a pris la peine de me glisser qu'il fallait attendre quelques jours avant de le déguster. Très bien. Je l'ai donc posé sur le balcon, encore tout emmitouflé dans son emballage tressé. Oui, parce que sinon, pas moyen de le manipuler: le durian est gros, pesant et hérissé de pointes qui entament les mains.


Au bout de quelques jours, une odeur pas désagréable, mais assez violente s'est dégagée du fruit: un mélange de fruit de la passion, de chou et de je ne sais quoi encore. En tout cas, ça sentait.
Il était à point, les lobes piquants commençaient à s'entrouvrir.
Je n'ai eu qu'à les écarter pour qu'ils révèlent un intérieur fait de compartiments emplis de sortes de sacs mordorés, contenant tous une chair pâteuse, compacte, assez poisseuse et agressivement parfumée.

Mon cher et tendre est un gourmand qui ne craint pas de tester de nouveaux goûts. Il était là, les papilles frémissantes, impatient de déguster enfin ce fameux fruit. J'ai plongé une cuillère à soupe dans cette chair opulente pour lui en servir le contenu et j'ai fait de même pour moi.
Et là, quelque-chose d'extraordinaire s'est produit:
Le premier goût est plutôt agréable. Un peu de mangue souffrée, de fruit sec, de champignon et un soupçon de céleri, le tout mis en valeur par une consistance de chair d'avocat douçâtre très, mais alors TRES riche. On avale et on en reprend une autre, curieux de tester plus avant, parce le goût est tout de même complexe.
Seulement en même temps, le deuxième goût de ce qui vient d'être avalé se déploie en queue de paon et on ne s'y attend pas. Il vous prend par surprise alors que la deuxième bouchée est en route et là, ça fait drôle, parce que ça ressemble beaucoup à de l'oignon pourri, en plus nuancé. Non pas que j'aie une expérience très approfondie du goût d'oignon fermenté, mais j'en ai senti et on est dans le ton. Et puis évidemment la queue de paon continue à déployer ses charmes et à l'oignon pourri succède une déclinaison variée de goûts qui tous, évoquent quelque chose de soufré qui fermente. C'est un goût passionnant, mais qui exige une certaine résistance à l'envie de vomir.

J'ai réussi à terminer ma cuillère, mais la dernière bouchée a été difficile.

Mon mari chéri, lui, n'a pas pu, malgré sa bonne volonté. Pourtant, il a un estomac d'autruche.
Il s'est d'abord précipité sur le riz pour éteindre ce goût traître. Puis il a vidé le pot de cornichons pour le noyer dans un bain d'acide.
Quant à moi, j'en a repris le lendemain, ça passait déjà mieux.

Mais le reste du fruit a fini au congélateur, emballé sous plusieurs couches de plastique hermétique. Malgré cette précaution, il a entrepris de le parfumer  et avec lui, la cuisine.
Alors je l'ai enfoui au fond de ma plus robuste boîte tuppermachin, celle qui résiste à tout. Moyennant quoi, mon congélateur ne sent plus le durian.

Il paraît que chaque année, dans le beau pays du durian, à la saison idoine, les gens se précipitent pour en acheter, tellement ils en sont fous. J'ai même découvert que parmi les plus intoxiqués, certains faisaient de overdoses de durian et passaient l'arme à gauche.

En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il ne faut en aucun cas associer ce fruit fou à l'alcool. Le foie lâche, tout simplement.

Dire que les étrangers se pincent le nez à l'évocation du camembert...

dimanche 26 mars 2017

Histoire d'un voyage à Londres

L'an passé, j'avais accepté de m'embarquer avec une collègue dans un projet de voyage scolaire à Londres.
Le départ était prévu le 7 décembre 2015. C'est dire qu'entre la rentrée de septembre et le jour de la grande traversée, le temps était compté. Moyennant je ne sais combien de mercredis après-midi passés en paperasseries abondantes et vomitives, un harcèlement acharné pour engranger cartes d'identités, assurances maladies, formulaires variés remplis par les familles, paiements et j'en passe, nous avions eu juste le temps de faire le nécessaire à la mi-novembre.

Les gosses étaient surexcités, apprenaient l'anglais à la vitesse de la lumière, ma collègue se liquéfiait d'angoisse. Tout roulait.

C'est alors que survint le massacre du Bataclan, le 13 novembre.

Aussi sec, l'éducation nationale réagit: plan Vigipirate rouge vermillon fluo, prière de boucler les élèves dans les écoles comme des bagnards. Les familles étaient sommées de venir chercher leur progéniture le plus furtivement possible et le moindre déplacement en transport en commun fut absolument interdit. Les écoles de provinces qui envisageaient une vadrouille à Paris furent priées de renoncer: plus de voyages à Paris. Stop, terminé.
Du beau boulot.
Les gosses étaient en sécurité.

Ce qui nous étonna tout de même un peu, c'est que les voyages scolaires à l'étranger ne furent pas clairement interdits. On nous envoya des messages sybilins, où il était question de signaler notre intention de partir. Donc d'engager notre responsabilité.

"Précisions concernant les voyages scolaires hors Île-de-France et à l’étranger
 
Ils sont autorisés et doivent simplement être signalés à l’autorité académique à
l’adresse suivante : celluledecrise@ac-paris.fr, avec copie à l’adresse
sdareic@ac-paris.fr pour les voyages à l’étranger.
Cette information ne donnera pas lieu à une réponse, sauf dans le cas
exceptionnel où l’autorité académique serait amenée à interdire le voyage.
Dans ce cas, et dans ce cas seulement, vous aurez un retour dans les 48 heures."



L'affaire se compliqua encore lorsque je découvris que ma collègue souhaitait partir tout de même.

Moi, malgré ma déception, je ne tenais pas du tout à me lancer à l'assaut de Londres en compagnie d'enfants dans ces conditions.



Seulement nous étions coincée par la logique retorse de notre autorité de tutelle qui, en nous demandant de solliciter l'autorisation, se payait le luxe de nous obliger à engager notre responsabilité. Malin.
Par la même occasion, elle se dispensait de traiter la délicate et périlleuse affaire des gros sous. Sans interdiction officielle, pas de remboursement des sommes déjà versées. Circulez, y'a rien à voir.
Tout bénef pour l'éducation nationale. Tout plein d'ennuis pour nous.

Nous étions mal barrées et en plus, j'avais ma collègue sur le dos, qui flippait sa race en se voyant déjà traînée au tribunal par l'organisme (les PEP 75. "Une association pour le droit à l'éducation, à la culture et aux loisirs pour tous") qui nous réclamait sans sourciller les sommes encore dues et que bien évidemment, je refusais de verser. Le contexte sentait tout de même la poudre!

Par bonheur, ma collègue a molli, les familles nous ont suivies et découvert par la même occasion de quelles manigances l'éducation nationale était capable. Toujours ça de gagné: des yeux d'avocats, journalistes, cadres sup de tout poil (je travaille dans un quartier huppé) qui s'ouvrent sur cette réalité-là, ça débouche sur de la prise de conscience brûlante.
Entretemps, j'avais demandé à l'éducation nationale non pas l'autorisation, mais l'interdiction de partir. Bien évidemment, je n'ai jamais eu de réponse.

Un bras de fer s'est engagé avec les PEP 75 qui refusaient mordicus de faire le moindre geste dans notre sens. C'était signé, attentat ou pas, il fallait payer, sinon...
Finalement, après six mois de négociations intenses, l'appui de la mairie du XVème, de la ville de Paris, des parents qui pétitionnèrent, les PEP ont lâché les sous: autour de six mille euros tout de même.

Le 23 mars 2017, après qu'une voiture pilotée par un cinglé islamiste a foncé dans la foule sur le pont de Westminster, le verdict est tombé: voyages scolaires à Londres annulés jusqu'à nouvel ordre. Il a fallu ça.

Mais comme l'éducation nationale est pleine de bonnes intentions, il a fait savoir dès le lendemain que lesdits voyages étaient à nouveau autorisés. Tout va bien à Londres, finalement.



dimanche 1 janvier 2017

Une nouvelle année

Je vous souhaite à tous une bonne année 2017 avec, dans l'ordre d'importance:

-1- une bonne santé,
-2- des gens qui vous aiment,
-3- pas de contrariétés violentes,
-4- la paix en petit et en grand,
-5- des sous en suffisance,
-6- un moyen de subsistance intéressant et pas trop épuisant (on peut inverser 5 et 6),
-7- un minimum de satisfactions esthétiques,
-8- un univers politique un peu moins pourri,
-9- une vraie liberté de parole
-10- une inspiration bloguesque inégalée.

Quant à moi, je commence sous le signe du grand nettoyage. Je viens de flanquer par terre un gros saladier de harengs pommes à l'huile, lequel a explosé au contact du sol de ma cuisine. Le verre a dû être étudié par des ingénieurs bien vicelards, parce que le plus gros morceau ne devait pas excéder 2 centimètres. Je ne m'étends pas sur l'état des surfaces, devenues une entremêlée de verre concassé, d'huile, de résidus de pommes de terre, d'oignons et de hareng.

La vaisselle n'avait évidemment pas encore été nettoyée, ce qui ajoute encore à la qualité de la scène.

Je ne sais pas si cet épisode prophétise quelque chose, mais dans cette hypothèse une chose est sûre: 2017 n'aura pas goût de guimauve.

Bonne année!